Deus Ex Urbana
« Deus Ex Urbana » fusionne photographie architecturale et art génératif pour imaginer Paris façonné par le changement climatique. Tirages d’art en édition limitée, exposés à la Galerie Europia.
« Deus Ex Urbana » est l’un de mes projets les plus audacieux à ce jour. Avec cette série, je fusionne photographie architecturale et art génératif pour imaginer un futur possible façonné par les conséquences du changement climatique. Loin de me concentrer uniquement sur la désolation, je cherche à capturer la beauté inattendue dans les paysages urbains en ruine, témoins d’une société en transformation.
Ce projet s’inscrit dans la continuité de mes travaux précédents, comme « Mémoire de Paysages » et « ReMIX », qui explorent la relation entre l’urbanité et l’espace. Avec « Deus Ex Urbana », je pousse cette réflexion encore plus loin, en utilisant la ville comme une toile où présent et futur s’entremêlent.
Le concept
À travers « Deus Ex Urbana », je cherche à offrir une vision à la fois sombre et lumineuse des métropoles du monde. Chaque œuvre révèle un monde au bord du changement, où l’effondrement climatique et urbain laisse place à une forme de résurrection. Mes photographies et œuvres génératives montrent des villes en déclin, mais où subsiste une certaine beauté dans la destruction et la reconstruction.
Les œuvres de cette série sont accompagnées de nouvelles courtes qui approfondissent le contexte de chaque image. Ces récits servent de pont entre mon imaginaire visuel et les histoires universelles que ces visions urbaines peuvent évoquer. Je souhaite offrir aux spectateurs une expérience plus immersive, où chaque œuvre devient un point de départ pour une réflexion sur notre place dans ce monde en perpétuelle évolution.
Le processus créatif
Mon approche avec « Deus Ex Urbana » combine des techniques photographiques traditionnelles avec des technologies numériques avancées. Grâce à l’art génératif, je crée des images qui capturent l’évolution des espaces urbains, reflétant à la fois la fragilité et la résilience des structures architecturales face aux forces du changement. C’est une démarche qui mêle observation et imagination, reliant des souvenirs personnels à des visions hypothétiques d’un futur collectif.
Trois œuvres, trois nouvelles

Le Tourbillon de la Vie
“La tornade m’a arraché du sol sans préavis, mon vélo et moi projetés dans les airs comme des jouets. En tourbillonnant dans ce chaos, ma vie défile devant mes yeux. Je revois mes journées interminables, enchaînant les livraisons pour quelques euros, luttant pour joindre les deux bouts. Chaque rue, chaque bâtiment familier en dessous de moi est un rappel de mon existence précaire, de cette économie qui m’a laissé sans filet de sécurité.
Je pense à ma mère, épuisée par ses deux emplois, et à mes rêves d’enfant, de devenir quelqu’un de respecté, de sortir de cette spirale de pauvreté. Mais la réalité m’a rattrapé, me réduisant à ce simple livreur, invisible pour ceux que je sers quotidiennement. La tornade semble personnifier cette précarité, cette force implacable qui m’a toujours ballotté d’un emploi précaire à un autre, sans jamais trouver de stabilité.
Les rafales m’étouffent, et chaque rotation me donne l’impression d’être encore plus insignifiant, à la merci des éléments comme je l’ai toujours été à la merci des caprices de l’économie. Les immeubles défilent, leurs fenêtres brillantes indifférentes à ma lutte, tout comme les visages des clients qui n’ouvrent jamais vraiment leurs portes, se contentant de m’ignorer après avoir récupéré leur commande.
Soudain, je ressens un calme étrange, une pause dans le tourbillon. Peut-être est-ce la fin, peut-être vais-je enfin cesser de lutter. Mais en un éclair, je réalise que tant que je respire, il y a une chance. Une chance de survivre à cette tornade, de trouver un moyen de me relever, de briser ce cycle de précarité. Car même si je suis projeté dans les airs, il y a en moi une détermination acharnée de ne pas être simplement balayé par le vent.”

Les Canaux de Paris
“Chaque année, Paris se transforme en une nouvelle Venise, inondée par des moussons inattendues qui transforment les rues en canaux. Personne ne l’avait vu venir, cette absurdité climatique qui fait désormais partie de notre routine. Les bateaux remplacent les voitures, et les Parisiens naviguent avec une nonchalance ironique sur l’avenue des Champs-Élysées, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.
Je me souviens encore de la première fois où j’ai vu l’Arc de Triomphe se refléter dans l’eau stagnante. C’était surréaliste, un mélange d’émerveillement et de désespoir. Nous avions ignoré les avertissements, pensant que cela n’arriverait jamais ici. Et maintenant, chaque année, nous ressortons nos barques et nos bottes de pluie, prêts pour le déluge inévitable. Les cafés offrent des services de gondole, et les touristes prennent des selfies dans des barques devant les monuments noyés.
Les conversations ont changé. On ne parle plus de la météo en termes de soleil ou de pluie, mais en termes de niveaux d’eau. ‘Tu crois qu’on pourra encore marcher jusqu’au métro la semaine prochaine ?’ demande mon voisin en observant les prévisions. ‘Non, je pense qu’il vaudrait mieux prendre le bateau,’ je réponds en riant.
Ironiquement, cette catastrophe récurrente a rapproché les Parisiens. Nous échangeons des conseils sur les meilleures techniques de navigation, nous nous entraidons pour protéger nos maisons contre les inondations. Peut-être que cette nouvelle Venise est notre châtiment pour avoir ignoré la nature trop longtemps. Mais au fond, nous avons trouvé une manière de survivre, de nous réinventer, même dans ce chaos aquatique. Chaque vague est un rappel que la nature aura toujours le dernier mot.”

La Ville à la Campagne
“En descendant les escaliers de mon immeuble, je ne m’attendais pas à tomber sur cette scène. Au cœur de cette cour bétonnée, une vache broute tranquillement l’herbe, inconsciente de l’étrangeté de sa présence ici. Autour d’elle, les hauts murs de béton et les barbelés donnent à ce tableau une impression surréaliste, un mélange incongru de nature et d’urbanisme.
Les modifications climatiques ont poussé de nombreux habitants à fuir, laissant derrière eux des immeubles désertés. Les rues autrefois animées sont devenues silencieuses, et la nature commence à reprendre ses droits. Les espaces abandonnés se transforment en petites oasis de verdure où la faune s’aventure timidement. Cette vache est peut-être l’un des premiers signes de ce renouveau inattendu.
Je me souviens des histoires que mes grands-parents racontaient sur les campagnes florissantes, des récits qui semblaient si loin de notre réalité urbaine. Et pourtant, en voyant cette vache brouter paisiblement, j’ai l’impression de vivre un retour à ces temps révolus. La nature, avec sa résilience inébranlable, trouve toujours un moyen de s’imposer, même dans les endroits les plus improbables.
Cette scène me remplit d’un espoir étrange. Peut-être que, malgré les erreurs passées et les défis à venir, nous pourrons trouver un équilibre. La ville et la nature, autrefois en opposition, peuvent apprendre à coexister. En attendant, je contemple cette vache, symbole de ce retour progressif de la nature, et je me prends à rêver d’un avenir où nos environnements urbains seront en harmonie avec la vie sauvage.”
La série en images





















L’exposition à la Galerie Europia
La série « Deus Ex Urbana » a été exposée à la Galerie Europia, située au 15, avenue de Ségur, 75007 Paris, de juin à septembre 2024. Lors de cette exposition, j’ai eu l’occasion de partager ces œuvres avec un public élargi, dans un cadre qui favorisait la réflexion sur l’avenir des métropoles et des paysages urbains. L’exposition a été pensée comme un pont entre mes réflexions sur l’effondrement urbain et climatique et notre avenir commun, en mettant l’accent sur la résilience de l’architecture et de l’environnement.

L’exposition à l’Espace Brel
En février 2026, la Ville de Sainte-Geneviève-des-Bois a accueilli la deuxième édition de « Deus Ex Urbana » à l’Espace Brel, rue de la Tour. Le vernissage s’est tenu le vendredi 13 février 2026, et l’exposition est restée accrochée un mois, portée par le service culturel de la ville.

L’exposition a surtout vécu par ses visites : des classes — du CLAS au collège Jules Ferry —, les familles de la réussite éducative, des permanences le week-end. Expliquer à des élèves comment une photographie prise près de chez eux devient une fiction climatique : de ces échanges est née l’envie d’un second volet en plein air, dans les parcs de la commune, avec de nouvelles images réalisées à Sainte-Geneviève-des-Bois.




Le volet en plein air — septembre 2026 → mai 2027
À partir de septembre 2026, la série sort des murs : vingt panneaux de 149 × 99 cm — dix-neuf images, dont treize photographiées à Sainte-Geneviève-des-Bois, et un panneau de présentation — voyagent ensemble, en séquence complète, dans trois parcs de la ville. Parc Pablo Neruda à l’automne, parc Pierre en hiver, La Boêle au printemps. Entrée libre, aux horaires d’ouverture des parcs.
Les dates et adresses, la clé de lecture, la méthode de fabrication et les dix-neuf panneaux sont détaillés dans l’article dédié à l’exposition.
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